Système de Gestion de Données Techniques orienté Open Source Hardware et ingénierie coopérative

Bonjour à tous,

Je vais vous présenter ici un projet de Système de Gestion de Données Techniques (SGDT). Ce type d’outil permet de gérer des nomenclatures et le versioning des documents liés à ces composants. Le contexte d’utilisation le plus courant est la conception mécanique : pour « définir » une machine et renseigner toutes les données nécessaires à sa fabrication, il faut déployer une arborescence d’assemblages, de sous-assemblages, de pièces et de composants. Chacun de ces items est référencé et dispose a minima d’un document pour le décrire (le plus souvent, un dessin technique). Ces documents peuvent évoluer dans le temps et passent donc à une version supérieure à chaque modification.

A ma connaissance, il n’existe pas d’outil libre qui permette de faire cela. Chaque projet de conception mécanique pourrait très bien fonctionner avec un simple tableur pour gérer tout cela. Mais si l’on considère une ingénierie coopérative au travers de plusieurs projets d’Open Source Hardware, il peut être intéressant d’avoir un outil plus élaboré. Ne serait-ce que pour mutualiser le référencement des pièces du commerce (il est laborieux de devoir référencer toute la visserie pour chacun des projets alors que ces données pourraient être mises en commun).

Pour aller plus loin, on pourrait aussi documenter les différentes manières de fabriquer une pièce, en fonction des ressources que l’on a à disposition, notamment en fonction de sa propre position géographique.

Exemple d’usage : Madame Michu veut disposer d’un poelito. Quelles sont les matières premières à acheter et/ou à trouver dans une ressourcerie proche de chez elle ? Quelles sont toutes les opérations mécaniques (perçage, soudure, etc.) nécessaires à la fabrication et donc quels sont les ateliers collaboratifs équipés des bons outils les plus proches ? Qui est capable de réaliser les opérations que Mme Michu ne se sent pas de faire elle-même ? Voir même, qui peut gérer la fabrication complète de son projet ?

C’est pour répondre à toutes ces questions que l’on s’est penché sur le sujet avec @iplumb3r en 2017. Et nous avons réalisé cette ontologie. Le cœur du projet se situe dans la moitié basse du schéma avec les 4 niveaux d’items : les items fonctionnels, les items organiques, les items industriels et les items physiques.

  • Au niveau fonctionnel, chaque item fonctionnel compose et/ou est composé de plusieurs items fonctionnels.
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Par exemple :
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  • Au niveau organique, on vient lister les éléments constituant les items
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    Pour garder le même exemple :
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  • Au niveau industriel (le plus important), on vient décrire comment on peut fabriquer une pièce

Prenons un autre exemple : ce dispositif (servant à la base à maintenir un fil chaud pour découper du polystyrène) :

Sa vue organique est la suivante :


Sa composition se lit de gauche à droite : la structure complète est composée d’un plateau + 4 entretoises + 2 supports latéraux + 3 supports plateau, et chacun de ces éléments est composé d’une certaine surface de matière première, ici appelée « plaque ».
Sa « chronologie de fabrication » se lit dont de droite à gauche : il faut une certaine quantité de plaque pour produire les éléments qui sont ensuite assemblés pour obtenir la structure.

Pour fabriquer toutes ces pièces, il faudrait donc passer ce modèle dans une découpeuse laser :

Et il existe plusieurs tailles de découpeuses laser, la Trotec speedy 100, capable de découper seulement l’un des deux grands carrés de droite ou de gauche à la fois et la Trotec speedy 400 capable de tout faire d’un coup (références de machines prises pour l’exemple…).
Et donc, en fonction du modèle de machine le plus disponible pour Mme Michu, soit on va lancer la découpe en 1 fois ou en 2 fois.

Voici la vue industrielle pour la découpe en 1 fois avec la trotec speedy 400 :

Et voici la vue industrielle pour la découpe en 2 fois avec la trotec speedy 100 :

Et on peut relier les solutions de transformation et les modèles de machines aux types de machines sur le bas de ce document


  • Pour le niveau physique, il s’agit de référencer les pièces tangibles fabriquées par des machines réelles disponibles dans tel ou tel atelier (le but est d’avoir une traçabilité de qui a été fabriqué par quoi et quand, bien pratique pour un rétrofit et/ou cerner un dysfonctionnement ultérieur à la production, ainsi que pour les dossiers constructeurs)

Il est intéressant de voir qu’ici, chacune des transformations physiques est bien reliée à une instance de machine, c’est à dire à une machine bien réelle que l’on peut trouver dans tel atelier. Cette instance de machine est elle-même reliée à un modèle de machine (chaque machine ou outil est donc classé dans la taxonomie « Machine Type »). On voit alors que ce modèle de machine est bien lié à la transformation industrielle qui correspond à celle de l’item industriel associé.


En conclusion, si l’on imagine pouvoir documenter suffisamment des projets d’Open Source Hardware ainsi que les ressources disponibles dans les fablabs, les ressourceries, les matériauthèques, etc. On pourra grandement aider à la réappropriation citoyenne de la technique et des moyens de productions, et ainsi soutenir l’essor des low-tech, entre autre… (ping @Michel_LowTech )

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Bonjour Cyril. Je trouve cela très intéressant. Je vois qu’il y a un lien avec la monnaire libre ?

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Bonjour Benoît,

Merci pour votre intérêt pour ce projet :slight_smile:

Oui, dans mon idée, il y a un lien à faire avec des boucles d’échanges en monnaie libre.

Chacune des transformations industrielles est effectivement reliée à un modèle de machine, mais elle peut l’être aussi à une compétence particulière.
Et donc, si dans le système de boucles d’échanges en monnaie libre (ou même plus généralement sur un marketplace multi-devises), des personnes physiques et morales recensent les ressources matérielles dont elles disposent ainsi que leurs prestations proposées (et/ou les compétences associées), alors en plus de savoir comment et où faire cette transformation industrielle, on peut savoir par qui elle peut-être réalisée et dans quelle monnaie (voire même quel tarif quand c’est possible).

Et si on rend interopérable cet outil avec un ERP comme Odoo par exemple, on pourrait espérer que le simple fait de déclencher un achat d’un low-tech, ça envoie automatiquement les demandes de fabrication chez les partenaires les plus judicieux et que ça génère les factures en parallèle (peut-être que c’est très compliqué techniquement à réaliser, mais en tout cas, dans l’idéal, ce serait pour aller jusqu’à cet objectif à terme).

Quoi qu’il en soit, suite à une première discussion avec @guillaume.rouyer sur ces sujets, l’application SGDT et boucles d’échanges seraient deux projets séparés, tous les deux basés sur Semapps, et donc interopérables par la suite.

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Excellent, merci beaucoup @Cyril ! Il faudrait trouver des sous pour implémenter cette ontologie avec SemApps ! Peut-être que l’appel à communs pourrait apporter un financement ad hoc ! Hate d’en discuter lundi !

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